Précarité menstruelle: nous changeons les règles en Ile-de-France

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Désormais connue du grand public, la précarité menstruelle a été longtemps absente du débat politique. Précurseurs, les élus du groupe Écologistes et Progressistes pour l’Ile-de-France ont été parmi les premiers responsables politiques à porter cette question au sein d’une assemblée démocratique.

Pourquoi s’intéresser à la précarité menstruelle ?

Selon l’INSERM, une personne menstruée a en moyenne ses règles durant 38,2 ans pour un coût d’environ 21000€ répartis entre protections hygiéniques, sous-vêtements et antidouleurs. La précarité menstruelle concernerait près de 2 millions de femmes.

  • 1 femme sur 10 renoncerait à changer de protection périodique aussi souvent que nécessaire par manque de moyens.
  • 130 000 lycéennes environ rateraient régulièrement les cours pour cette raison.
  • 1 étudiante sur 10 fabriquerait ses protections pour des raisons économiques.
  • 1 sur 20 utilise du papier-toilette
  • 1 tiers des étudiantes déclarent ne pas pouvoir se procurer des produits d’hygiène périodique sans aide financière comme le remboursement qu’effectuent certaines mutuelles (ex : LMDE).
  • 13% d’entre elles ont déjà dû faire un choix avec un autre produit de première nécessité.

Une enquête réalisée par la FAGE (Fédération des Associations Générales Étudiantes) auprès de 6 500 étudiantes de 18 à 25 ans en janvier 2021 met quant à elle en évidence les conséquences physiques, mentales et sociales de la précarité menstruelle sur la population étudiante.

Dès 2017, les élus Écologistes et Progressistes se saisissent de la question

Depuis le 1er janvier 2016, après un débat parlementaire houleux, la TVA appliquée sur les protections périodiques passe à 5,5%. Elle était auparavant de 20% comme sur les produits de luxe. C’est à ce moment-là que des voix ont commencé à s’élever pour dénoncer les difficultés rencontrées par les femmes pour se procurer ces produits indispensables.

À la Région Ile-de-France, dès 2017, le groupe Écologistes et Progressistes se saisit de la question. Les élus sont sensibles aux alertes d’associations féministes.

En séance plénière, Muriel Guenoux, au nom du groupe, interpelle Valérie Pécresse sur le sujet. C’est une question importante qui concerne chaque conseiller régional. C’est aussi une conviction de fond pour les élus Écologistes et Progressistes : l’Île-de-France pourrait être une région pionnière en installant de distributeurs de protections périodiques gratuites dans les lycées et CFA.

La présidente fait une réponse timorée. Le sujet serait-il à ce point gênant ou est-ce le tabou des règles, bien présent dans les rangs de la majorité régionale conservatrice ? Un certain mépris est perceptible dans ses propos. Elle justifie son refus de notre proposition par des excuses fallacieuses : ici il s’agirait d’une concurrence déloyale des pharmacies, là d’un non-problème puisqu’aucune lycéenne n’a jamais témoigné de ses difficultés à se procurer des protections périodiques.

Dans les mois suivants, de plus en plus d’associations caritatives alertent sur le manque de produits d’hygiène intime lors de leurs collectes de don. Pour les personnes ayant leurs règles, il s’agit d’un produit de première nécessité aussi important qu’un paquet de pâtes.

Les élus du groupe défendent sans relâche de nouvelles mesures et se heurtent au conservatisme de l’Exécutif. Lorsqu’Eddie Aït propose la mise en place de boîtes de collecte dans les locaux du Conseil régional, il lui est répondu que c’est une mesure prématurée.

Lorsqu’Emmanuelle Cosse, au moment de l’examen du budget 2020, propose de créer un fonds spécifique pour lutter contre la précarité menstruelle, ce sont les risques de dégradation des distributeurs qui empêchent l’Exécutif de voter pour notre amendement.

Pourtant notre groupe est convaincu du bien-fondé d’actions régionales en faveur de bien-être et de la santé des femmes. La collecte et l’accès aux protections périodiques doivent être facilités.

Car en effet, il y a urgence. La précarité menstruelle est à la fois un symptôme de la crise sociale et le reflet de l’absence de réponses spécifiques à la santé des femmes.

Les contours de la crise sociale se retrouvent dans les chiffres précédemment évoqués. Les problèmes de santé en revanche ne sont pas immédiatement visibles. Pourtant, outre l’inconfort que l’usage prolongé d’une protection traditionnelle, d’un morceau de tissu, de feuilles de papier toilette et même de journal peut provoquer, ce sont bien de risque d’infection aux conséquences très graves dont il s’agit et qu’il est indispensable de prévenir. La part psychique est aussi non-négligeable.

Pour un Plan régional de lutte contre la précarité menstruelle

Depuis plus de trois ans, les élus du groupe Écologistes et Progressistes défendent une approche globale de la lutte contre la précarité menstruelle. Elle prend la forme d’un plan qui passe par :

  • l’installation de distributeurs de protections périodiques gratuites dans les lycées, centres de formation des apprentis et universités et résidences étudiantes mais aussi dans les locaux de la Région Île-de-France
  • une aide aux associations avec la mise en place de points de collecte,
  • la réalisation d’une étude à l’instar de celles existantes au Royaume-Uni pour une réelle connaissance du problème
  • la mise en place de campagnes d’information pour briser le tabou des règles.

Ces propositions ont systématiquement été refusées mais, à force de mettre l’Exécutif devant ses contradictions et grâce à la pression exercée par les associations à l’extérieur de l’hémicycle, il lui devenait de plus en plus difficile de ne pas agir.

Des victoires pour le groupe Écologistes et Progressistes

Une première victoire due à la détermination de notre groupe est acquise fin août 2020 avec l’annonce de la mise en place d’une expérimentation d’une distribution gratuite de protections périodiques bio dans 31 lycées franciliens dès la rentrée. À cette occasion, Juliette Espargilière exprime la position du groupe : l’heure n’est plus à l’expérimentation mais à l’action. La mesure sera finalement étendue à tous les lycées en 2021.

Quelques mois plus tard, nous revenons à la charge et proposons, dans le cadre du plan régional de lutte contre la précarité des jeunes examiné le 4 février 2021, un amendement pour équiper de distributeurs de protections périodiques gratuites les universités et résidence universitaires. Défendu par Loubna Méliane et co-signé par l’ensemble des groupes écologistes et de gauche, notre amendement est repris mot pour mot par l’Exécutif, qui se garde bien d’en faire mention dans sa communication.

Quelques semaines après que notre proposition ait été retenue par les élus du Conseil régional, le 23 février 2021, le gouvernement annonce l’installation de 1 500 distributeurs de protections périodiques gratuites dans les CROUS et services de santé universitaire dès le mois de septembre 2021. Cette initiative, saluée par les associations étudiantes, est une première réponse à l’impact de la crise sanitaire sur la population étudiante qui doit s’accompagner urgemment d’autres mesures plus larges.

Nous sommes fiers de porter le combat contre la précarité menstruelle au sein du Conseil régional d’Île-de-France. C’est un combat qui s’inscrit dans une démarche de notre groupe pour faire avancer les questions relatives à la santé des femmes : droit à l’IVG, information sur l’endométriose, prise en compte de tous les aspects de la santé féminine… mais aussi pour faire progresser les droits des femmes à tous les niveaux.

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